Le garçon regarde la jeune femme avec curiosité.
La mère reste figée quelques secondes.
« Je suis… ta maman. »
Le garçon se tourne immédiatement vers sa grand-mère.
« Mamie, c’est vrai ? »
La grand-mère s’accroupit près de lui.
« Oui, mon cœur. »
Le garçon regarde de nouveau la jeune femme.
« Mais pourquoi je ne t’ai jamais vue ? »
La mère ouvre la bouche, mais aucun mot ne sort.
Le grand-père intervient doucement :
« Peut-être devriez-vous entrer. »
Dans le salon, le garçon reste près de sa grand-mère.
La jeune femme s’assoit face à lui.
« Je sais que tu as beaucoup de questions. »
Le garçon demande simplement :
« Tu savais où j’habitais ? »
Silence.
« Oui. »
« Alors pourquoi tu n’es jamais venue ? »
La mère baisse les yeux.
« Parce qu’à l’époque, j’ai pris une décision que je pensais être la meilleure pour toi. »
La grand-mère la regarde.
« Ne lui raconte pas seulement la moitié de l’histoire. »
La jeune femme relève les yeux.
« Je ne compte plus rien cacher. »
Le garçon demande :
« Tu veux vraiment que je parte avec toi aujourd’hui ? »
« Oui. »
« Pourquoi aujourd’hui ? »
La question la déstabilise.
« Parce que quelque chose a changé. »
La grand-mère intervient immédiatement :
« Dis-lui ce qui a changé. »
La mère reste silencieuse.
Le grand-père demande :
« Pourquoi es-tu revenue exactement maintenant ? »
Finalement, la jeune femme sort une enveloppe de son sac.
« Parce que j’ai reçu ça il y a trois jours. »
La grand-mère reconnaît immédiatement l’enveloppe.
Son expression change.
« Où as-tu trouvé cette lettre ? »
« Elle m’a été envoyée. »
« Par qui ? »
« Je ne sais pas. »
Le grand-père prend l’enveloppe.
« Cette écriture… »
La grand-mère le regarde.
« Tu la reconnais ? »
Il acquiesce lentement.
« Oui. »
La jeune femme se penche vers lui.
« À qui appartient-elle ? »
Le grand-père regarde le garçon.
Puis répond :
« À son père. »
La mère devient pâle.
« C’est impossible. »
Le garçon demande :
« Mon papa ? »
Personne ne répond immédiatement.
La mère fixe le grand-père.
« Vous m’aviez dit qu’il avait disparu avant sa naissance. »
Le grand-père baisse les yeux.
« C’est ce que nous pensions. »
« Alors pourquoi son écriture est-elle sur une lettre envoyée il y a trois jours ? »
La grand-mère prend la lettre.
« Qu’est-ce qu’elle dit ? »
La jeune femme hésite.
Puis elle la sort.
« Elle dit : “Si tu veux connaître la vraie raison pour laquelle ton fils a grandi loin de toi, retourne dans cette maison.” »
Silence.
La grand-mère s’assoit lentement.
La mère la regarde.
« Vous savez quelque chose. »
« Sophie… »
« Pendant sept ans, j’ai cru que j’avais fait le choix de partir seule. »
La grand-mère ne répond pas.
« Mais cette lettre dit que quelqu’un m’a caché quelque chose. »
Le grand-père intervient :
« Ce n’est pas une conversation à avoir devant l’enfant. »
Le garçon répond :
« Mais ça parle de moi. »
Tous se taisent.
Il regarde sa mère.
« Pourquoi tu es partie quand j’étais bébé ? »
Elle s’approche doucement.
« Parce qu’on m’avait dit que ton père ne voulait plus de nous et que je n’avais aucun moyen de m’occuper correctement de toi. »
Le garçon demande :
« Et mamie m’a gardé ? »
« Oui. Je pensais revenir rapidement. »
La grand-mère murmure :
« Mais tu n’es jamais revenue. »
La jeune femme la regarde.
« Parce que chaque fois que j’essayais de contacter cette famille, mes lettres revenaient. »
Le grand-père relève brusquement les yeux.
« Quelles lettres ? »
« Toutes celles que j’ai envoyées pendant les deux premières années. »
La grand-mère devient nerveuse.
« Nous n’avons jamais reçu de lettres. »
« J’en ai envoyé des dizaines. »
Silence.
Le grand-père demande :
« À quelle adresse ? »
La jeune femme la récite.
Il se fige.
« Ce n’était plus notre adresse. »
« Comment ça ? »
« Nous avions déménagé quelques semaines après ton départ. »
La mère regarde la grand-mère.
« Pourquoi personne ne me l’a dit ? »
« Nous pensions que tu ne voulais plus aucun contact. »
La jeune femme secoue la tête.
« Et moi, je pensais exactement la même chose de vous. »
Le garçon les regarde tour à tour.
« Alors tout le monde pensait que l’autre ne voulait plus parler ? »
Personne ne répond.
Puis le grand-père examine l’enveloppe.
« Attendez. »
Il remarque une petite adresse au dos.
« Je connais cet endroit. »
La mère demande :
« Où est-ce ? »
« L’ancien cabinet de l’avocat de ton père. »
La jeune femme se fige.
« Son avocat ? »
« Oui. »
« Pourquoi un avocat m’enverrait cette lettre maintenant ? »
Le grand-père répond :
« Peut-être parce que quelqu’un lui avait demandé d’attendre sept ans. »
La grand-mère se lève.
« Il y a quelque chose que vous devez voir. »
Elle monte à l’étage.
Quelques instants plus tard, elle revient avec une petite boîte.
Le garçon la reconnaît.
« Mamie, c’est la boîte que tu gardes toujours dans ton armoire. »
La mère regarde la grand-mère.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »
Elle ouvre la boîte.
À l’intérieur se trouvent des photographies, un bracelet de bébé et une enveloppe fermée.
Le nom de Sophie est écrit dessus.
La jeune femme reste sans voix.
« Depuis combien de temps avez-vous ça ? »
La grand-mère répond :
« Sept ans. »
« Et vous ne me l’avez jamais donné ? »
« Parce qu’on nous avait demandé de ne l’ouvrir que si tu revenais de toi-même. »
« Qui vous avait demandé ça ? »
La grand-mère regarde le garçon.
« Son père. »
Sophie prend l’enveloppe avec des mains tremblantes.
Elle l’ouvre.
À l’intérieur se trouve une lettre.
Elle commence à lire.
Après quelques lignes, elle s’arrête.
« Non… »
Le grand-père demande :
« Qu’est-ce qu’il dit ? »
Sophie continue silencieusement.
Puis regarde les grands-parents.
« Il écrit qu’il n’est jamais parti volontairement. »
La grand-mère devient pâle.
« Quoi ? »
« Il dit qu’on lui avait fait croire que j’avais choisi de partir avec quelqu’un d’autre. »
Le grand-père murmure :
« Mais qui lui aurait dit ça ? »
Sophie tourne la page.
Une partie a été soigneusement découpée.
« Le nom manque. »
La grand-mère examine la lettre.
« Cette page n’était pas comme ça quand nous l’avons reçue. »
Silence.
Sophie la fixe.
« Vous l’aviez ouverte ? »
« Non. »
« Alors quelqu’un l’a ouverte avant de vous la remettre. »
Le garçon demande :
« Mon papa est vivant ? »
Sophie s’agenouille devant lui.
« Je ne le sais pas encore. »
À cet instant, le téléphone du grand-père sonne.
Numéro inconnu.
Il répond.
« Allô ? »
Une voix masculine demande :
« Sophie est-elle enfin revenue ? »
Le grand-père devient complètement immobile.
Sophie remarque son expression.
« Qui est-ce ? »
Il ne répond pas.
La voix continue :
« Si elle est là, dites-lui de regarder sous la photographie de son fils dans la boîte. »
Sophie prend immédiatement la boîte.
Elle retire la photographie.
Derrière se trouve une petite clé.
La grand-mère murmure :
« Je ne l’avais jamais vue. »
Sophie prend le téléphone.
« Qui êtes-vous ? »
Quelques secondes de silence.
Puis l’homme répond :
« Quelqu’un qui aurait dû revenir il y a sept ans. »
Sophie perd toute expression.
« C’est toi ? »
L’appel se coupe.
Le garçon regarde sa mère.
« C’était mon papa ? »
Sophie fixe le téléphone.
Puis la petite clé dans sa main.
Le grand-père reconnaît soudain la clé.
« Je sais ce qu’elle ouvre. »
« Quoi ? »
Il regarde vers une vieille porte au fond du couloir.
« Une pièce que personne n’a ouverte depuis le jour où ton fils est arrivé dans cette maison. »