L’écran devient noir.
Pendant quelques longues secondes…
le jeune homme reste immobile.
Son téléphone glisse presque de sa main.
Il regarde la jeune femme.
Puis baisse lentement les yeux.
Elle ne dit rien.
Elle attend simplement.
Le jeune homme finit par murmurer :
« C’était…
ce travail dont je rêvais depuis des années. »
La jeune femme répond doucement :
« Je suis désolée. »
Il secoue la tête.
« Tu n’as pas à être désolée. »
Le silence revient.
Autour d’eux…
les portes de l’immeuble s’ouvrent et se referment.
Des employés passent sans prêter attention à la scène.
Le jeune homme relève les yeux.
« J’ai été stupide. »
Elle le regarde calmement.
« Pourquoi dis-tu ça ? »
« Parce qu’en quelques secondes…
je t’ai jugée sans chercher à te comprendre. »
Elle esquisse un léger sourire.
Triste.
« Beaucoup de personnes réagissent ainsi. »
Il ferme les yeux.
« Ce n’est pas une excuse. »
À cet instant…
l’ascenseur s’ouvre.
Une femme élégante d’une soixantaine d’années en sort.
Tous les employés la saluent avec respect.
Le jeune homme ne lui prête pas attention.
La femme s’arrête en voyant la jeune femme en fauteuil.
Elle s’approche avec un sourire chaleureux.
« La réunion est terminée ? »
La jeune femme acquiesce.
« Oui, tout est prêt. »
La femme remarque alors le jeune homme.
« Vous êtes bien le candidat que nous venons de recevoir ? »
Le jeune homme répond timidement.
« Oui, madame. »
La femme le regarde quelques secondes.
Puis demande à la jeune femme :
« Vous le connaissez ? »
La jeune femme hésite.
Puis répond simplement :
« Nous nous sommes rencontrés il y a quelque temps. »
Le silence devient pesant.
La femme plus âgée observe alternativement les deux jeunes gens.
Puis comprend qu’il vient de se passer quelque chose.
Elle demande calmement :
« Il y a un problème ? »
Le jeune homme baisse la tête.
« Non…
le problème vient de moi. »
La femme fronce légèrement les sourcils.
« Que voulez-vous dire ? »
Le jeune homme inspire profondément.
« Je viens de découvrir que j’ai laissé mes préjugés décider à ma place. »
Personne ne parle.
La jeune femme garde le silence.
La femme plus âgée regarde le jeune homme avec attention.
Puis dit d’une voix posée :
« Savez-vous qui est la propriétaire de cette entreprise ? »
Le jeune homme répond instinctivement :
« Non, madame. »
La femme se tourne vers la jeune femme.
Puis lui adresse un léger sourire.
« Je pense qu’il est temps de vous présenter. »
Le jeune homme relève brusquement la tête.
La femme poursuit calmement.
« Voici la fondatrice et propriétaire de cette entreprise. »
Le temps semble s’arrêter.
Le jeune homme regarde la jeune femme.
Incapable de prononcer un mot.
Elle ne montre ni fierté…
ni colère.
Seulement une profonde déception.
Le jeune homme sent sa gorge se nouer.
« C’était…
toi ? »
Elle acquiesce doucement.
« Oui. »
Le silence devient insupportable.
Il recule d’un pas.
« Tu savais que je venais passer cet entretien ? »
« J’ai reconnu ton nom seulement ce matin.
J’avais décidé de te laisser les mêmes chances que tous les autres candidats. »
Il ferme les yeux.
« Et ensuite…
tu m’as vu réagir comme ça. »
« Oui. »
La femme plus âgée reste silencieuse.
Elle laisse les deux jeunes gens parler.
Le jeune homme regarde le fauteuil roulant.
Puis la jeune femme.
« Je croyais avoir perdu seulement un emploi. »
Sa voix tremble.
« Maintenant je comprends que j’ai perdu bien plus que ça. »
La jeune femme répond avec douceur.
« Ce n’est pas le fauteuil qui t’a éloigné de moi…
c’est le choix que tu as fait en une seconde. »
Il baisse les yeux.
Incapable de répondre.
La jeune femme avance lentement vers l’ascenseur.
Avant d’y entrer…
elle se retourne une dernière fois.
« Dans cette entreprise…
je cherche des personnes capables de voir les compétences avant les apparences.
Aujourd’hui…
tu m’as montré que tu n’étais pas encore prêt. »
Les portes de l’ascenseur commencent à se refermer.
Le jeune homme fait instinctivement un pas en avant.
Mais il s’arrête.
Il comprend qu’aucune explication ne peut effacer ce qui vient de se passer.
Les portes se ferment lentement.
Le hall retrouve son calme.
Le jeune homme reste seul.
Son téléphone est toujours dans sa main.
L’écran affiche encore le message de refus.
Mais pour la première fois…
ce n’est plus cette notification qui lui fait le plus mal.
C’est le souvenir du regard silencieux de la jeune femme…
juste avant que les portes de l’ascenseur ne disparaissent devant lui.