Le jour de l’anniversaire de sa femme, le vieux monsieur demanda à l’employé d’un magasin de fleurs de lui offrir une fleur, car il n’avait pas d’argent pour l’acheter. Mais ce qui arriva ensuite fut stupéfiant.

« Je vous en prie, madame… pourriez-vous me donner une seule fleur ? Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma femme et je n’ai pas d’argent pour l’acheter.»

Le vieil homme se tenait devant le comptoir de la petite boutique de fleurs.

Ses cheveux étaient blancs, son dos légèrement courbé et ses deux mains reposaient sur sa canne.

Puis il ajouta doucement :

« Je peux faire un petit travail ici en échange.»

La fleuriste, Laura, cessa d’arranger son bouquet.

Elle regarda le vieil homme.

Puis une magnifique rose rouge posée près d’elle.

Elle la prit.

Le regard du vieil homme suivit la fleur.

« Celle-ci vous plaît ? » demanda Laura.

Son visage s’éclaira.

« Elle est magnifique. Mais probablement trop chère.»

« Comment s’appelle votre femme ? »

« Maria.»

« Et vous ? »

« Antonio.»

Laura prit un ruban.

« Depuis combien de temps êtes-vous mariés ? »

Antonio sourit.

« Cinquante-six ans.»

La fleuriste s’arrêta.

« Cinquante-six ? »

« Oui. Et pendant cinquante-cinq anniversaires, je lui ai offert au moins une fleur.»

Son sourire disparut légèrement.

« Cette année, je pensais devoir rompre la tradition.»

Laura lui tendit la rose.

Antonio ne la prit pas.

« Je vous ai dit que je ne pouvais pas payer.»

« Je sais.»

« Alors donnez-moi quelque chose à faire.»

Laura réfléchit.

« Très bien.»

Antonio redressa légèrement le dos.

« Quoi ? »

Elle lui montra plusieurs petits pots vides.

« J’ai besoin de quelqu’un pour mettre ces rubans autour des pots.»

Antonio sourit.

« Ça, je peux encore le faire.»

Il s’assit près du comptoir.

Ses doigts tremblaient un peu, mais il travaillait soigneusement.

Pendant qu’il nouait les rubans, Laura lui demanda pourquoi cette rose était si importante.

Antonio sortit alors de sa poche une vieille photographie.

On y voyait un jeune couple devant une petite église.

La jeune femme tenait une rose rouge.

« Notre mariage», expliqua-t-il.

Laura regarda la photo.

« Une seule rose ? »

Antonio rit.

« Je n’avais presque pas d’argent à l’époque non plus.»

Le jour de leur mariage, il n’avait pas pu acheter un véritable bouquet.

Il avait acheté une seule rose.

Maria l’avait tenue pendant toute la cérémonie.

Depuis, chaque année pour son anniversaire, Antonio lui offrait une fleur.

Parfois un bouquet lorsqu’ils pouvaient se le permettre.

Parfois simplement une rose.

« Cette année a été difficile», expliqua-t-il. «Quelques dépenses imprévues… et notre pension arrive seulement dans trois jours.»

Laura regarda l’homme terminer le dernier ruban.

« Voilà», dit Antonio. «Maintenant, j’ai gagné ma rose ? »

Laura sourit.

« Oui.»

Elle prit la fleur.

Mais au lieu de lui remettre simplement la rose, elle ajouta quelques branches vertes et l’enveloppa soigneusement.

Antonio secoua la tête.

« Non, non. Nous avions dit une fleur.»

« La rose paie votre travail. Le reste vient de moi.»

Antonio hésita.

Puis il accepta.

« Merci.»

Au moment de partir, Laura regarda encore la vieille photographie.

« Attendez.»

Elle prit la photo avec la permission d’Antonio et observa l’église.

« Votre mariage a eu lieu à Saint-Paul ? »

Antonio acquiesça.

« Oui. Pourquoi ? »

Laura désigna l’entrée visible derrière eux sur la photographie.

« Mes grands-parents avaient un petit magasin de fleurs juste en face de cette église.»

Antonio se figea.

« Comment s’appelait votre grand-père ? »

« Carlo.»

Le vieil homme resta silencieux.

Puis il sourit.

« Carlo Moretti ? »

Laura ouvrit de grands yeux.

« Vous le connaissiez ? »

Antonio regarda la rose dans ses mains.

« C’est lui qui m’a vendu la première.»

Laura ne parla plus.

Antonio raconta qu’il était entré dans la boutique de Carlo le matin de son mariage.

Il n’avait assez d’argent que pour une petite fleur.

Lorsque Carlo avait compris qu’il se mariait ce jour-là, il avait choisi sa plus belle rose.

« Il m’avait dit : “Alors ne lui donnez pas n’importe laquelle.” »

Laura sourit, émue.

Son grand-père était mort plusieurs années auparavant.

Elle avait entendu des centaines d’histoires sur lui, mais jamais celle-ci.

« Vous savez quelque chose ? » demanda-t-elle.

« Quoi ? »

« Je crois que cette rose vous appartenait avant même que vous entriez ici.»

Antonio sourit.

« Votre grand-père aurait probablement dit la même chose.»

Quelques heures plus tard, Antonio rentra chez lui.

Maria était assise près de la fenêtre.

Lorsqu’elle vit la rose, son visage s’illumina.

« Antonio…»

Il la lui tendit.

« Joyeux anniversaire.»

Maria sentit la fleur.

« Je croyais que cette année nous avions décidé de ne rien acheter.»

« Je ne l’ai pas achetée.»

Il lui raconta toute l’histoire.

Lorsqu’il prononça le nom de Carlo, Maria regarda immédiatement la vieille photographie de mariage posée sur leur étagère.

« Le grand-père de la fleuriste ? »

Antonio acquiesça.

Maria sourit.

« Alors cette rose a fait un très long voyage pour revenir jusqu’à nous.»

Quelques jours plus tard, lorsque leur pension arriva, Antonio retourna à la boutique.

Il voulait payer la différence.

Laura refusa.

Alors Antonio lui apporta autre chose.

Une copie de leur photographie de mariage.

Au dos, il avait écrit :

« La première rose venait de votre grand-père. Cinquante-six ans plus tard, la vôtre a continué l’histoire.»

Laura encadra la photographie et la plaça derrière son comptoir.

À partir de ce jour, chaque fois qu’Antonio passait devant la boutique, il entrait dire bonjour.

Et chaque année, pour l’anniversaire de Maria, une rose l’attendait.

Antonio insistait toujours pour la payer.

Laura le laissait faire.

Car elle avait compris que le plus beau cadeau qu’elle pouvait lui offrir n’était pas une fleur gratuite.

C’était de respecter la promesse qu’il tenait depuis cinquante-six ans :

ne jamais rentrer chez lui le jour de l’anniversaire de Maria sans une fleur à lui offrir.

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